jeudi 8 octobre 2009

Où suis-je ?


A 17h, je fais open house dans le plus grand village sur pilotis du monde (à ce qu'on dit... 25000 habitants). Open house, "maison ouverte", c'est invitation à un buffet chez des musulmans comme cela se fait traditionnellement dans la quinzaine qui suit la fin du ramadan.

A 19 h, je dîne dans un restaurant indien.

A 20 h, j'assiste à une représentation d'opéra chinois dans un temple, dans le cadre de la célébration de la fête du mooncake, "gâteau de lune", qui ont lieu à la pleine lune à cette période de l'année.

Où suis-je ?

lundi 5 octobre 2009

Le propriétaire - ACTE III


A peine arrivé à Sumatra, B. apprend que son certificat de propriété attendu depuis 14 mois, est sorti ! Ibi, son prête-nom le supplie de revenir immédiatement conclure la vente afin que le vendeur ne se fasse pas les nerfs sur lui ou ne tente de revendre le terrain. Tarip, le fils du vendeur, assaille aussi le portable de B.. Mais, B., flegmatique, maintient que, puisqu'on a bien attendu 14 mois, on pourra bien en attendre 2 de plus. Et qu'il visitera donc Sumatra où il vient d'arriver. Puis sortira en Malaisie pour renouveler son visa. Et reviendra à Lombok fin août, après la pointe de la saison touristique, pour conclure l'affaire.

ACTE III

Scène 1

B. arrive psychologiquement épuisé à Kuta-Lombok. Il a tenté la traversée de Bali par les transports en commun pour rejoindre le port d'embarquement pour Lombok, distant de 70 km. 4 véhicules différents qui ont tenté de l'arnaquer, ne l'ont pas déposé à l'endroit prévu, l'ont mal renseigné sur la suite de l'itinéraire. A Lombok, rebelotte, avec 4 autres véhicules. 3 heures pour 60 km... B. n'a qu'une aspiration : se débarrasser de ce terrain et ne plus avoir à faire avec les Indonésiens !

Mais, à Kuta-Lombok, il est reçu avec force démonstration d'affection par Ibi. Invité, au coucher du soleil, à l'ouverture du jeûne du ramadan chez Tarip. Il a retrouvé sa famille de là-bas ! Les uns le font rêver du bénéfice qu'il tirera à revendre son terrain, les autres de la belle villa qu'il aura bientôt... C'est le bonheur !

Ibi ne perd cependant pas le nord et entreprend de négocier sa signature de prête-nom. Habituellement, on promet aux prête-nom 10% du produit de la revente. Mais B. n'est pas dans cet esprit-là. Qu'est-ce qui justifie que quelques signatures sur des papiers à peine lus soient récompensées d'une somme qui peut représenter le revenu de toute une vie d'un honnête travailleur ? B. rémunère chaque service, déplacement, signature, d'une gratification qu'il estime bien suffisante et s'en tiendra là. D'ailleurs, il a une connaissance - allez, un ami ! -, Agus, l'inventeur du mouvement perpétuel indonésien, prêt à remplir le rôle sans contrepartie. Et Tarip, le fils du vendeur, qui ne demande qu'à continuer à avoir l'oeil sur le terrain, et entrevoit sans doute des sources ultérieures de profit, est également prêt à le faire pour rien.

Ibi est également tourmenté par la nouvelle reconnaissance de dettes qu'il va devoir signer lors du versement du solde du prix du terrain. La notaire annonce un coût finalement raisonnable pour effectuer la mutation. C'est décidé : on part sur l'option d'un changement de prête-nom au profit de Tarip.

Préparation des documents chez le notaire. B. doit s'assurer qu'il aura bien les reconnaissances de dettes du nouveau prête-nom, et même le plus de documents signés possibles de la "liasse" car, une fois le solde du terrain versé, il n'aura plus guère de moyens de pression.

Scène 2

Patatras. Voilà que la notaire, résumant une journée de travail, déroule un compte sur une feuille blanche. Le coût de l'opération n'a plus rien à voir avec celui de la veille ! Multiplié quasiment par 20 ! Un impôt de 10% du montant de la transaction est apparu ! Le coût du changement de prête-nom est devenu rédhibitoire ! B. informe Ibi et Tarip par SMS. Ibi saute sur l'occasion pour proposer de rester prête-nom pour la moitié du montant des frais. Mais B. ne veut pas ouvrir la porte à une quelconque négociation. Il décide de disparaître le temps que la situation se débloque à Kuta, que le propriétaire du terrain, pressé de toucher son argent, ne mette la pression à Ibi pour qu'il cesse d'entraver le bon déroulement de la transaction. Par ailleurs, B. a encore une cartouche en réserve. En déclarant une valeur de terrain réduite, il a compris qu'il pouvait sérieusement réduire l'impôt. Mais, même cela, il veut tenter d'éviter d'avoir à le débourser.

Stratégie payante car, après 24 heures de silence radio, Ibi appelle pour accepter, effet de son grand coeur, de rester prête-nom sans autre condition que de supprimer les intérêts sur la reconnaissance de dette. Accepté ! On repart donc sur la configuration initiale !

Scène 3

Préparation des documents. Ca n'en finit pas. C'est le ramadan, avec un rythme de travail ralenti. La notaire ne sait pas remettre des documents prêts à relire. Si B. n'est pas sur place, rien ne se passe. Journées entières, à l'étude, de lecture ("sur la route", Jack Kerouac) et relectures. La séance finale est repoussée une fois, une seconde fois...

Et finalement, c'est le grand jour ! Tout le monde est là, de nouveau : Ibi avec femme et enfant, Tarip accompagnant son père venu chercher son paquet de billets, le chef de village apportant le certificat de propriété, et B., passé par sa banque. Ibi est décontracte, hilare. Il lit à peine les documents. Il claironne qu'il est d'accord pour signer les documents sans rien toucher mais qu'il est entendu que, pour s'occuper du terrain, il faudra voir avec Tarip et son père, les anciens propriétaires ! De toutes façons, B. s'est déjà mis d'accord avec Tarip pour replanter des bornes cadastrales, placer des écriteaux, planter quelques arbres, moyennant quelques billets...
On signe. Le nouveau contrat de prête-nom, la nouvelle reconnaissance de dettes du prête-nom, une hypothèque du terrain au profit de B., un pouvoir de vendre, de louer, et de traiter toutes les formalités concédé par le prête-nom à B., et aussi un contrat de location assurant à B. la jouissance de son terrain...

B. se sent plus léger sur sa mobylette. Les rizières sont plus vertes, le ciel plus bleu, et les Indonésiens plus gentils. Sourires partout. 3 jours de vacances bien mérités sur les îles avant de récupérer sa copie des actes notariés.

B. est propriétaire d'un hectare avec vue sur le paradis !!

Epilogue

Revenant à Kuta célébrer cette transaction conclue dans la liesse, B. apprend de Tarip que son père, le vendeur du terrain, a(urait ?) versé à Ibi un pactole du montant de ce qu'Ibi essayait d'obtenir de B.. Pas vraiment l'objectif du bras de fer engagé par B.. Mais on ne peut pas non plus régir les relations entre tout le monde. Si les Indonésiens se complaisent dans la magouille entre eux, qu'y peut-on bien faire ?

jeudi 1 octobre 2009

Ma petite entreprise...


...de location de vélos !

Une intuition subite. Le magasin de la vendeuse d'eau, la femme de Tarip, le fils de mon vendeur de terrain (voir "Le propriétaire" - acte I) est idéalement situé face à la rangée d'hôtels, pour louer des vélos. Le marché est laissé vacant par un hôtel qui était situé à 2 km du centre de l'action et a renoncé.

C'était la veille de mon départ pour Bali. Tarip, sa femme et sa fille, devaient aller acheter un vélo pour la petite. Achetons des vélos à louer, ai-je dit, et tout le monde a été d'accord que c'était une bonne idée.

Nous avons étudié le marché le premier jour mais les magasins fermaient tôt pour la rupture du jeûne du ramadan. Rendez-vous pris pour le lendemain avec Tarip dans le quartier des vendeurs de vélo. Il est retardé par un problème de voiture. J'ai le temps d'acheter un premier vélo d'occasion et de me faire une opinion sur quoi acheter d'autre. Deux jolis VTT à moins de 100 € pièce.

Un investissement total de 250 €, dont je sais que je ne reverrai peut-être jamais la couleur ! Le deal est que la moitié des recettes me revient (théoriquement) jusqu'à ce que mon investissement plus 50% m'ait été remboursé.

Avec 4 vélos loués la première semaine, à 1€ pièce la journée, cela fait 4€ de chiffre d'affaires, donc 2 € pour moi. Dans 2 ans et demi, j'aurai récupéré mon investissement, et dans 4 ans, atteint mon objectif financier !!! ...si les vélos n'ont pas disparu d'ici là, volés ou détruits ou ...!!!

dimanche 27 septembre 2009

Le propriétaire - ACTE II


Nous avions laissé B. alors qu'il embarquait pour la France après s'être délesté d'une brique de billets en échange de quelques signatures sur des papiers.

ACTE II

Scène unique
Mai 2009. B. pense qu'il est dangereux de laisser le champ vacant trop longtemps et que, même si le certificat de propriété de son terrain n'est pas encore sorti, au bout d'un an, alors qu'on le lui avait annoncé en 4 mois, il convient d'aller voir sur place quel tour on pourrait être en train de lui jouer. D'ailleurs, Ibi lui indique à distance que cela ne saurait plus tarder. Et, la veille du départ, que ça y est ! Youpie !
En réalité, si le document existe bien - et Ibi en a une copie - il n'est pas signé de la chef du cadastre. Il faut attendre quelques jours. Et après quelques jours, quelques jours. Et après quelques jours... B. décide qu'il ne peut pas passer sa vie à attendre et ira se distraire à Sumatra, même si on le supplie d'attendre encore... quelques jours.

Il se contentera de faire signer un des documents de la liasse "légale" pour améliorer sa protection : une reconnaissance de dette de la part du prête-nom, du montant de l'accompte versé un an auparavant. Quand Ibi découvre ce document, qu'il avait survolé l'année précédente, il blémit. Etre endetté, pour un musulman, semble relever du cas grave. Et Ibi ne veut pas laisser de dettes à ses enfants. Le taux d'intérêt l'effraie encore plus que le montant de la reconnaissance de dettes.
B. envisage de changer de prête-nom, ce qui, formellement, consiste à revendre le terrain à un nouveau prête-nom. Mais cela ne peut se faire qu'après la sortie du certificat de propriété, implique un délai supplémentaire, et des frais difficiles à prévoir, pour boucler l'affaire.
Donc, dans l'immédiat, il ne reste qu'à faire admettre à Ibi que cette dette n'en est pas réellement une, qu'elle est garantie sur le terrain dont il devient nominalement propriétaire et qu'il n'aura, en réalité, jamais à débourser la somme.

Maigre résultat que ce déplacement : B. ne repartira qu'avec une reconnaissance de dette dont il prendra sa copie chez la notaire en allant à l'aéroport. Mais, ni notaire, ni document au moment prévu ! Ils sont à la signature chez le notaire titulaire à la capitale de l'île. L'avion n'a pas le temps d'attendre : rendez-vous à un rond-point près de l'aéroport pour remise du document. Ouf !

B. est à Sumatra depuis quelques jours quand la nouvelle tombe : ça y est, le certificat de propriété est signé, et sous bonne (?) garde du chef du village.

photo : repas de ramadan chez Tarip : OK, ça a rapport à l'acte III, mais c'est un teaser !

mardi 22 septembre 2009

Mes philosophes


Mes philosophes préférés (pardon à eux que je connais à peine et que j'ai forcément caricaturés : qu'ils laissent un petit commentaire pour redresser le tir et nous raconter leur actualité):

Pierre a quitté les tapis rouges du festival de Cannes, Pathé, et le clinquant du cinéma à la cinquantaine. Où se retirer de ce monde où la finance prend le pouvoir : Brésil, Indonésie ? Après plusieurs reconnaissances, il a construit sa villa face à la mer, à Kuta-Lombok, pour y vivre avec ses livres et ses chevaux, ses couverts en argent et sa vaisselle en porcelaine, à l'écart des tumultes du monde. Les promenades équestres pour les touristes étaient presque son seul lien avec l'extérieur. Mais il a commencé à louer sa villa et les affaires marchent mieux que prévu. Le monde du dehors pourrait-il le rattraper dans sa retraite ? Il jure qu'il s'enfuira en courant... ou en nageant !

Alexandre n'a pas 30 ans et se débrouille dans une dizaine de langues, dont le polonais, l'arabe, l'indonésien, le thaï, le laotien, le birman, le créole réunionnais, l'espagnol... Il est un peu tombé dedans quand il était petit en habitant au Maroc avec ses parents. Alors, depuis quelques années, il ne pose le sac à dos que pour exercer dans l'hôtellerie : une orientation délibérée pour passer sa vie en vadrouille, travaillant à l'occasion, et profitant, toujours. Il s'installerait bien un peu en Asie. Un heureux de naissance ?

Marc va sur ses soixante dix. Il a fait carrière. Directeur de cimenterie à l'étranger... Autant dire qu'il n'est pas dans le besoin. Je le rencontre dans un vieux bus branlant. Il m'explique comment il a réparé ses lunettes de soleil en scotchant un cure-dents. Le luxe, les hôtels chers ne lui font plus aucun effet. Ce rondouillard se promène à quatre sous, un sourire narquois au-dessus de sa barbe blanche. Et quand il rentre en France, son programme, c'est le jardin, la cueillette des pommes au verger, les confitures et... la préparation du prochain "petit déplacement" (en l'occurence la Syrie, à la frontière irakienne, en ce moment : villes disparues, berceau de l'écriture).

Christophe est arrivé à Kuala Lumpur en cargo. Un mois en mer pour faire le break d'une vie dévorée par le travail. C'est peu dire qu'il s'est adapté au milieu ambiant. Il se dit voyageur débutant, mais il est comme un poisson dans l'eau au "village", le backpackers le plus cooool de Kuala Lumpur. On jurerait qu'il a fait ça toute sa vie ! Sa nouvelle foi : la semaine de 4 heures. En rentrant en France, il veut tout laisser tomber "sauf 4 heures par semaine", caser ses affaires chez ses parents, et mettre les bouts avant Noël pour ne pas laisser filer la quarantaine.

Martin est un ethnologue en devenir. Enfin, ça l'intéresse plus de vivre avec les habitants de la forêt des Mentawaï que d'écrire sa thèse sur l'impact du tourisme sur l'île. Donc, deviendras-tu réellement ethnologue, Martin ? Où en est-elle, cette thèse ?!

Et puis bien-sûr Spinoza et Nietszche, mais on ne les a pas vus au "village".
Et tous ceux qui parlent une langue étrange(re) et qui sont donc forcément moins philosophes.

Et un cycliste espagnol aperçu filant de Kuta-Lombok avec une carte accrochée à l'arrière du bagage. Ca partait d'Espagne en 2006 pour se terminer je ne sais où en 2014. Il avait déjà fait le plus gros de l'Indonésie sur son vélo (plus toute la route pour arriver là !) : comment peut-on se lancer dans cette circulation de fou et ce climat propice à la sieste à travers les îles indonésiennes ?! Et comment peut-on savoir qu'on va rentrer en 2014 quand on se souvient à peine depuis quand on est parti ?!

lundi 21 septembre 2009

phot' au jour le jour

























Christophe (C.) le fait bien mieux que je ne le pourrai jamais. Alors, pourquoi me casserais-je la tête ?

Allez plutôt plonger dans son regard, ses choses qui font battre le coeur ! :

Il s'est astreint à une règle de fer : publier en date de chaque jour une photo du jour même. Ce ne sont donc pas ses 100 meilleures photos, mais la meilleure photo de chacun de ses 100 jours en chemin. Son calendrier risque de s'interrompre pour cause de retour en France mais rien n'empêche de feuilleter les derniers mois pendant les longues soirées d'automne.

vendredi 18 septembre 2009

Premier tremblement


7.06 h du matin, Bali, peu après le lever, l'hôtel entre en résonance. Comme un métro qui passerait sous un vieil immeuble parisien. Une vibration rapide, pas une oscillation. Un bruit de roulement. Ou un tir en rafales. 3 secondes peut-être. 2 secondes d'interruption - mais est-ce bien sûr ? Ca va si vite -. Et encore 2 secondes, comme une deuxième rame de métro. On court à l'extérieur du bâtiment. Le coeur bat la chamade. Les automobilistes et les motocyclistes qui circulent normalement dans la rue se sont-ils rendus compte de quelque chose ? Tout est déjà fini.
Les journaux métropolitains n'en parleront pas. Heureusement, votre envoyé spécial était sur place !

PS (courtoisie du Bali post) : 6.4 sur l'échelle de Richter. Epicentre à 120 km de mon lit, et 36 km sous terre. Quelques dégâts tout de même, dont un temple, probablement déjà branlant. Et quelques blessés, probablement dégringolés trop vite des escaliers pour s'extraire de chez eux.

photo : gunung Agung, point culminant de Bali. Comment illustrer un tremblement de terre quand il n'y a pas de constructions dévastées ?!! Agung a fait des siennes pour la dernière fois en 1963 (et moi pour la première) où il a enterré pas mal de monde. Une force tellurique, lui aussi, donc.