jeudi 13 août 2009

l'année Darwin


150ème anniversaire de la publication de L'origine des espèces, en 1859. Et curieusement, je trouve dans la bibliothèque d'Ibrahim - dont j'ai déjà abondamment peint le portrait ! - un ouvrage en français, et il n'en a pas tant, intitulé "L'homme d'où vient-il ? Les réponses de la science et des écritures saintes"(Dr Michel Bucaille, éd. Seghers 1981). Un livre ancien, certes - et Dieu, s'il existe, sait combien ses créatures ont fait de découvertes en génétique et autre biochimie, depuis lors - mais plein de réflexions intéressantes et, même si (ou du fait que ?) son objectif avoué est de réconcilier les croyants, du christianisme et de l'islam, avec les avancées scientifiques en leur permettant de croire "encore", il n'est pas, à mon sens, rétrograde.

Le Coran
Pour ce qui est du Coran, que l'auteur a étudié en arabe, appris pour l'occasion, dans le texte, il ne tarit pas d'éloges sur le caractère prémonitoire d'images qui seront confirmées par la science ensuite, notamment pour ce qui concerne l'origine liquide de la vie (à la fois la vie sur terre et la reproduction humaine). Il faut reconnaître que les versets cités, et sans que je sois à même détecter d'éventuels usages abusifs, ne prêtent guère le flanc à des attaques frontales au vu des connaissances scientifiques.

La Bible
Pour la Bible, il établit immédiatement que les récits de la genèse ne correspondent eux à aucune réalité (la terre est créee avant le soleil, et le jour aussi... Ce genre de détails a fait le malheur d'une génération d'astronomes !). Un rappel historique de la constitution de la Bible, de ses multiples auteurs et des négociations qui ont dû avoir lieu entre les pères de l'Eglise, avec l'objectif de faire adopter telle ou telle pratique en lui donnant une justification supérieure. Tout cela rend la Bible - à la différence du Coran qui est directement dicté par Allah à Mahomet, puis récité mot pour mot à ses disciples pour être retranscrit tel quel, et constitue donc une parole divine à accepter en l'état dans son intégralité -, tout cela rend donc la Bible sujette à caution et à manier avec précaution. Le concile Vatican 2 a, d'après l'auteur, entériné le caractère dépassé de certains contenus de l'ancien testament et, sachant que le nouveau s'est parfois appuyé sur l'ancien...
Bref, tout autre que l'auteur (enfin, moi !) aurait conclu qu'on ne peut pas faire confiance à la Bible. Lui, classe les récits de la genèse dans les contenus visiblement écrits par des hommes biaisés par certaines intentions, et dépassés. Ce sont ces intentions, leur message, qu'il faut identifier, et oublier le contenu réel de la genèse. Moyennant quoi, il considère le reste de l'édifice biblique sauvé. Au bout de combien de branches coupées l'arbre meurt-il ?!

La science
Pour ce qui concerne la théorie de l'évolution et de la sélection naturelle, l'auteur émet des doutes sur un certain nombre de conclusions qui ont pu être tirées un peu hâtivement à l'heure où la bataille faisait rage entre des cléricaux campés sur leurs positions plus que millénaires et des scientifiques tendus à leur faire lâcher prise. L'homme, même proche du singe, pourrait néanmoins avoir fait l'objet d'une création spécifique, car on n'a pas véritablement le film du passage de l'homme au singe. Et même s'il descendait du singe, la transition à l'homme pourrait constituer en soi une création. L'auteur promeut l'idée d'une évolution créatrice, dont Dieu serait le moteur. La création ne serait plus l'oeuvre d'un début unique, de toute façon allégorique dans la genèse, mais se serait faite en continu. Une solution qui entérine bien l'enterrement du créationisme cher à la génération de nos grands-parents, mais que je trouve élégante pour laisser à Dieu une place. Qu'en pense l'Eglise ?

L'auteur relève beaucoup de questions non forcément résolues qui tournent autour de l'évolution et de la sélection naturelle. Et, à bien réfléchir, comme souvent en sciences, chaque question résolue ouvre la porte à 10 autres. Alors, si on veut bien se mettre d'accord sur la définition de Dieu comme étant ce qu'on ne comprend pas, il reste toujours assez de place pour Dieu. (là où ça se corse, c'est quand il faut commencer à caractériser ce Dieu, ce qu'il attend de nous, et en quoi ça nous ferait du bien de répéter qu'il est grand et fort, alors que lui le sait bien sans qu'on n'ait à lui en rebattre les oreilles constamment !)

Comme les chemins des voyageurs ne sont pas moins mystérieusement guidés que ceux des rois mages par l'étoile du berger, le Science & Vie no 1101 de juin 2009, semblait comme m'avoir attiré vers "le village" (non, pas "la grotte" !), un "backpackers" (auberge de jeunesse) de Kuala Lumpur. "Ce que Darwin ne savait pas. La théorie de l'évolution aujourd'hui". Finalement, cette enquête se révèle un panégyrique du savant britannique, dont la théorie sort confirmée et renforcée par les découvertes les plus récentes, même si la sélection naturelle prend des modalités qui n'avaient pas forcément étaient vues à l'époque ou si les modifications génétiques prennent des chemins transversaux qui ne sont pas ceux de l'hérédité pure. Tant mieux (autant ne pas perdre son temps sur des théories fausses). Mais c'est aussi miraculeux, et un peu inquiétant, qu'on n'ait pas trouvé mieux que le hasard pour expliquer l'évolution après 150 ans de recherches.

On aurait aimé aussi que les grandes questions qui demeurent soient rappelées, que les phénomènes troublants de survivance de formes de vie archaiques, ou, au contraire, d'évolution coordonnée vers des formes complexes, soient mis en lumière.

Quelques questions qui ne semblent pas totalement élucidées
1- Si la sélection naturelle joue entre des espèces ou des individus présentant les plus infimes différences, pourquoi pas entre des espèces totalement différentes qui cohabitent en quantités innombrables. La diversité biologique devrait se restreindre par sélection naturelle, ne laissant sur chaque environnement que quelques espèces dominatrices et peu concurrentes.

2- Si on admet que la création d'une structure complexe comme l'oeil, ou un changement radical comme le passage de l'eau à l'air, s'accommode mal de variations infimes s'étalant sur des périodes très longues, et résulte donc d'une mutation rapide "en bloc", ce que la découverte des cellules souches semble permettre, on voit toutefois mal comment des mutations laissées au hasard parviennent à ce résultat.

3- La transmission d'une mutation à la descendance me semble peiner à expliquer qu'une population (animale) entière, parfois très dispersée, mute. Certes, si cette mutation était rapide, "en bloc", on pourrait imaginer que la population mutée soit la descendante de l'individu unique muté, le reste de l'espèce s'éteignant. Mais, si c'est d'une longue série de mutations infimes qu'il s'agit, on imagine mal que l'espèce soit refondée à chaque génération par le dépérissement des individus non mutés au profit des descendants des descendants des mutés. La transmission "horizontale", non pas à la descendance mais aux congénaires, par exemple par des virus, semble bien nécessaire, et reconnue. Mais est-elle suffisante ?

4- Ne devrait-on pas observer des espèces en cours de mutation, des espèces en cours de dépérissement, et tout un continuum de variété plus ou moins favorable, emmenant la nature dans toutes les directions avant de supprimer celles qui sont les moins viables ? La paléontologie ne fournit pas plus que la zoologie, me semble-t-il, de formes intermédiaires, mais seulement des espèces abouties.

5- Ceci devrait, en particulier, s'appliquer à l'homme dont il devrait exister une variété assez hétéroclite. Au lieu de cela, et en dehors de différences d'aspect superficielles, il ne fait pas de doute qu'il s'agit d'une seule espèce homogène, possédant, à ce que je sache, un génome unique et universel. Doit-on en conclure, comme M. Bucaille, que l'évolution de l'homme est terminée, ce qui, au vu de l'augmentation rapide de sa taille ou de son espérance de vie (au moins dans les pays développés), ou de la complexité croissante de ses réalisations terrestres qui pourrait influer encore sur la taille son cerveau, ne paraît pas aller de soi.

Bref, certaines des intéressantes objections du Dr Bucaille ne trouvent pas vraiment réponse dans cet état des lieux de Science & Vie. Alors, ami lecteur, toi qui est plus savant que moi de ce sujet, peux-tu m'indiquer une petite bibliographie qui me déniaiserait utilement et m'éviterait de me ridiculiser publiquement à la face du monde avec mes prétentions scientifico-philosophiques ?

sept quatre cinq deux comptoir deux


La Malaisie est incontestablement un pays moderne et bien organisé. Et comme dans tout pays civilisé qui se respecte, on ne laisse pas les gens poireauter dans les files d'attente. L'hôpital général de Kuala Lumpur est, à ce titre, exemplaire.

A l'accueil des consultants extérieurs, on reçoit une fiche à compléter et un numéro. Puis on fait la queue à un comptoir voisin où on reçoit le numéro de la salle de consultation en déposant son dossier complété et réglant sa consultation. On va s'installer dans la grande salle d'attente commune des salles de consultation. Au mur, un panneau lumineux affiche les derniers numéros appelés, avec le numéro de la salle de consultation. Une clochette signale tout nouveau numéro appelé et il clignote quelques secondes.

Après avoir été appelé, avoir consulté, et constaté le besoin d'une analyse de sang, le patient est envoyé vers une autre salle donnant sur le même hall. Là, on retire un petit carton avec un numéro d'ordre. On surveille, en tendant l'oreille et en regardant quels numéros ont les voisins, l'appel de son numéro, ce qui permet de donner sa demande d'analyse de sang et d'obtenir en retour un flacon avec un autre numéro d'ordre. Un affichage lumineux fait défiler les numéros appelés au prélèvement.

Prélèvement fait, on repart avec son flacon de sang pour un autre guichet dans le même hall. On reçoit là, en échange, un ticket avec un numéro pour retirer les résultats, 7452 par exemple. Ici aussi, un affichage lumineux prévient des résultats arrivés et du comptoir où les retirer. Mais une voix de dragueuse de GPS double l'information en annonçant chaque numéro qui sort : sept quatre cinq deux comptoir deux... Sans arrêt, la voix, précédée d'un petit jingle égrène tous les nombres qu'elle connait. Si on n'était pas malade avant d'avoir ses résultats, on l'est sûrement après !

Retour chez le médecin du départ, où l'on est curieusement admis en priorité et sans numéro ! Il établit une prescription de médicaments à retirer à la pharmacie de l'hôpital. Passage au guichet d'accueil de la pharmacie pour remettre sa prescription et se voir attribuer un numéro d'ordre. Ne reste plus qu'à attendre l'appel de son numéro pour retirer ses médicaments.

Et là, c'est fini ! On essaie de se rappeler son nom.

Pour le dentiste, c'est beaucoup moins compliqué. Enfin, pour celui que j'ai fréquenté, qui travaille tout seul. Là, il suffit de prendre, depuis la station de métro la rue SS4A/1, à l'angle de la rue SS2/3, puis la rue SS3/80 à gauche avant la mosquée, et enfin la rue SS3/29 à droite. Et après, c'est comme en France !

mercredi 29 juillet 2009

Ma rencontre avec l'homme fleur


Me voici installé dans mon sampan, ma pirogue à moteur, taillée dans un tronc d'arbre. Il y a du roulis à l'embarquement. 4 heures là-dedans, vais-je tenir ? Je me souviens l'expédition avortée à Ganvié, au Bénin, il y a bien longtemps. Nous avions trop craint pour nos appareils photos, portefeuilles, et peut-être notre vie, et imploré notre commandant de bord de rentrer au port après seulement quelques dizaines de mètres.

Mais la stabilité vient avec l'élan. Mon pilote nous engage dans des virages tout en fluidité. C'est pur bonheur sur ce petit fleuve baigné de verdure. Après les tergiversations et les incertitudes liées au montage de cette expédition, c'est pure décontraction et relâchement. Je pense à ceux qui, en France, sont peut-être au rapport devant leur chef de service...

Peu à peu, la rivière se fait plus étroite, moins profonde, plus tournicotante et encombrée. Le pilotage devient un art maîtrisé par mon pilote. Une averse. Le ciel s'assombrit. La nuit arrive. Quelques efforts encore dans la pénombre. Mais nous n'arriverons pas à destination ce soir, à une demi-heure près. Arrêt près d'une "maison à cochons", une maisonnette en bois sur pilotis, toute ouverte, destinée à faire abri lorsqu'un habitant vient nourrir ses cochons ou chercher des produits de la forêt à quelque distance de chez lui.

Mes marins ne sont pas cuisiniers. Ce sera grignotage, et coucher à la dure sur une natte. Le seul luxe est une moustiquaire. Nous sommes assoupis depuis 2 heures quand des voix me réveillent. Je soulève la moustiquaire et, au milieu de la nuit, découvre mon premier homme fleur. Vétu uniquement de l'espèce de string traditionnel, d'un collier et d'un bandeau dans les cheveux, Aman Lape m'apparaît à la fois fraternel et irréel, dans mon sommeil interrompu. Derrière lui, un autre personnage aussi mystérieux que je distingue mal, quelques brindilles enflammées à la main en guise de lampe torche. De sa poitrine, il ne reste que les tétons, mais c'est bien une femme. Une petite vieille ridée, aussi chargée de bijoux et ceinte d'une espèce de pagne. A contre jour, je ne vois pas les tatouages de l'homme, mais juste la peau luisante sur un corps musclé malgré l'âge.

Ca y est, je suis bien arrivé dans ce pays mystérieux où des gens sont censés vivre comme leurs ancêtres depuis toujours !
Et il va falloir maintenant nous serrer à 5 dans la cabane à cochons pour le reste de la nuit !

les zorganisés chez les primitifs


Faut-il aller aux îles Mentawai ? Faut-il aller voir des peuples qui ont gardé de fortes traditions ancestrales au risque de les détruire par notre simple contact ? Comment aller dans un endroit où il n'y a pas de routes mais seulement des rivières et des chemins boueux dans la jungle ? Faut-il prendre un guide depuis Sumatra ou le chercher en arrivant sur l'île ?

Ces questions me travaillaient, comme elles animaient d'autres routards, alors que je goûtais les charmes des environs de Bukittinggi. Finalement, 2 jours avant le départ du ferry (il y en a 2 par semaine), je décidai d'y aller et de le faire savoir à la ronde afin qu'un guide indonésien m'agrège à un éventuel groupe en partance.
Mais de groupe, il n'y avait que celui d'Adeo , organisé depuis la France et que j'estimais au complet avec ses 7 membres.

Je partirai donc seul. Deux jeunes slovènes sont aussi en partance, sans guide, le soir. Et une Française, Jeanine, qui se jette sur moi pour me proposer de grouper nos forces. Pourquoi pas et pourquoi pas avec les 2 filles slovènes ? J'essaie de voir si les projets sont compatibles... Pour le groupe organisé de Français, c'est la sérénité d'un programme qui se déroule. Pour les individuels, tout reste à inventer.

Les Slovènes sautent du ferry, au petit matin, sans attendre personne, pour aller vers la ville, à 5 kilomètres. Je les file. Je suis de loin leur négociation avec un guide. Quand elles la croient aboutie, elles font un scandale sur des prestations qu'il avait annoncées comprises mais qui deviennent supplémentaires. Il ne veut plus y aller. Ils se rabibochent. Elles veulent bien que je me joigne à elles - il y a des frais fixes à partager - mais n'y montrent pas d'enthousiasme. Elles filent vers le débarcadère en mobylette avec leur guide...

Jeanine semble s'être agrégée au groupe des Français. Et je n'ai pas rencontré de guide convaincant. Je suis donc au point zéro. Se profile une nuit en ville pour chercher la clé pour la suite.

Au débarcadère, à midi, je demande tout de même où vont ces barques à moteur et ces pirogues qui partent ? En voilà une pour Matotonan : où est-ce ? Le village le plus éloigné en amont sur la rivière, sur la petite carte que je viens de me faire imprimer au bureau du parc national. 4 heures de pirogue à moteur. Il y a de la place à bord. Soit, départ dans une heure !

Me voilà donc parti vers le hasard, l'aventure ! Et l'aventure, après, c'est l'hébergement. Chez qui débarquer ? Et la nourriture. Me donnera-t-on à manger ? Je ne peux pas emmener une semaine de provisions comme les groupes organisés qui ont des porteurs. Comment se déplacer ? Je ne peux pas "trekker" entre les villages sans guide. Mais, c'est parti !

Comme dans la course au trésor, je rattrape et dépasse les Slovènes arrêtées sur la rive sur panne mécanique. Puis les barques des Français arrivés à destination. Plus loin que tous, je pars !

Une semaine plus tard, j'en ai eu des moments difficiles. Surtout au début, dans le village de Matotonan où la foule m'est tombée dessus pour m'arracher toutes les cigarettes du monde possibles, où les grandes déclarations d'amitié de mon hôte se sont terminées en exigences financières désagréables, où chacun voulait sa photo (vive les appareils numériques !). Mais aussi plein de moments à partager leurs palabres, leurs repas, le plancher dur de leur maison, la rivière où ils se lavent, leurs activités quotidiennes, une cérémonie pendant toute une nuit. Ne sachant jamais ce que serait le programme du jour, quand on me donnerait à manger ni quand ni comment rejoindre quelle destination suivante...

Les Slovènes, elles, ont fait vivre l'enfer à leur guide. Et probablement réciproquement. Bataillant pour faire respecter le contrat. Ne buvant que de l'eau en bouteille et se plaignant des conditions de confort. Pour finir, le ferry pour les ramener sur le continent a été annulé et elles ont dû payer les yeux de la tête pour affréter une vedette afin de ne pas manquer leur avion du lendemain !

Et les Français d'Adeo, cette aventure ? Eh bien, pas vraiment d'aventure ! Suivre le guide pendant les marches (certes difficiles et pénibles dans la boue, sur des troncs glissants, dans un paysage sans cesse renouvelé à l'identique). Se poser dans les maisons sélectionnées pour eux. La nourriture ? Ils ne l'ont jamais partagée avec les habitants puisque, après les avoir fait manger, leur guide nourrissait aussi la famille d'accueil, avec les produits ramenés de Sumatra. Le sagou que j'ai mangé tous les jours, ils l'ont juste goûté à titre culturel. Le porc qu'on me servait tous les jours ? Ils n'ont pas mangé de viande de la semaine. Les champignons, les petites moules de rivière..? Rien. Quant aux activités auxquelles ils ont assisté, il n'était que trop clair que les "démonstrateurs" étaient spécifiquement rémunérés pour chaque "show" et ils leur disaient quand il fallait prendre les photos !

Et la cérémonie à laquelle j'ai assisté une nuit entière - le rêve de tout "aventurier" aux Mentawai ! -, sans compter les plus petites liées à l'administration de "médicaments" traditionnels, ils n'en ont pas entendu parler alors qu'ils résidaient dans le même village que moi une nuit plus tôt !

Jusqu'au bâteau du retour où on les a amenés à 17.00 alors que je savais depuis midi que le départ était pour 22 ou 23.00 !

Résultat, ils sont revenus avec l'impression que les populations qu'ils ont rencontrées vivaient du tourisme en se livrant à une sorte de mise en scène à leur intention. J'ai, moi, vu des gens s'occuper tous les jours de leurs bêtes, partir à la recherche de leur nourriture dans la forêt (sagou, durian...), et pratiquer des rituels auxquels ils accordent une importance vitale. Pas le même voyage !

Pas le même prix non plus ! Sur les 2300 € qu'ils ont payé pour 3 semaines à
Sumatra (vol compris), peut-être 500 € pour l'expédition Mentawai ? Elle est vendue (la même puisque ce sont les mêmes guides locaux, mais sans l'accompagnateur français qui, dans le cas d'Adeo, ne parlait pas indonésien, à peine anglais, et n'avais jamais mis les pieds dans le coin. S'il avait été débrouillard, encore...) autour de 180 € à Bukittinggi. A peine moins sur place. Et les 9 jours, ferry compris, ont dû me revenir autour de 80 €.
Et encore, une arnaque vendue par Native Planete , sous couvert d'éco-tourisme humanitaire, où un Jean-Philippe se propose de vous emmener dans sa "famille adoptive", chiffre à 3395 € !!! (sans vols)

Alors, amis zorganisés, j'ai pitié pour vous. Certes, quand on ne parle pas indonésien - déjà que peu parlent indonésien sur l'île -, s'engager seul nécessite un gros coeur. Mais vous le faire, comme on vous le fait, est-ce que ça vaut le coup ?

PS : qui est-ce qui vient se le refaire en "sauvage" avec moi ?!

samedi 18 juillet 2009

de la modernisation de l'enseignement de la chimie organique en Indonésie


Les 3 ans qu'il a passés en France, à Montpellier, dans un labo de l'école nationale supérieure de chimie ont laissé un très bon souvenir à Ibrahim. En France, on réfléchit, on respecte... Et il en a profité pour visiter, avec sa femme qui l'accompagnait, et son jeune fils, les plus beaux endroits de notre beau pays : Paris, la côte d'azur, le Mont Saint Michel... et les pays voisins : Italie, Espagne, Pays-bas...

Il ne rêve que d'y retourner. D'ailleurs, si je le rencontre à la descente de l'avion en provenance de Jakarta, c'est qu'il revient du ministère où il est allé plaider son dossier. Une candidature pour un stage de 4 mois dans le service qu'il avait fréquenté à l'époque, à Montpellier. Objectif : la modernisation de l'enseignement de la chimie organique. En clair, aller vers une démarche participative des étudiants en lieu et place de l'exposé magistral en vigueur.

Ibrahim a 65 ans. Il doit prendre sa retraite à 70 ans. Comme il dit, c'est tout à fait normal car ce n'est pas un métier stressant. Ne doutons pas que la révolution de l'enseignement de la chimie organique en Indonésie ne soit en marche !

("une" dernière : son dossier a été refusé pour cette année. A suivre pour son 66ème anniversaire !)

dimanche 12 juillet 2009

éloge de la dénatalité

« En permettant l’homme, la nature a commis beaucoup plus qu’une erreur de calcul ; un attentat contre elle-même. » Emil Cioran.

"Homo sapiens est la pire espèce invasive.
5,2 milliards d’hectares sur 13 milliards (40 %) de terres émergées sont menacées d’une irréversible désertification.
Notre monde est passé de 250 millions à quasiment 6,7 milliards d’habitants depuis l’an 1 de l’ère chrétienne.
Pour détailler un peu et prendre le pouls démographique de chaque grande contrée, donnons quelques chiffres comparatifs depuis Jésus-Christ jusqu’à l’an 2000 : Chine (et Corée) de 70 millions à 1,280 milliard ; Inde (Pakistan et Bangladesh compris) de 45 millions à 1,320 milliards ; Japon de 300 000 à 126 millions ; Europe (et Russie) de 40 à 782 millions ; Afrique (sans l’Afrique du Nord) de 12 à 660 millions ! ; Océanie de 1 à 30 millions ; Amérique du Nord de 2 à 307 millions ! ; Amérique latine de 1 à 600 millions.
En augmentant de 4 milliards, la population planétaire a triplé depuis 1950.
Chaque jour, il y a environ 400 000 personnes en plus sur la Terre et la population actuelle de 6,7 milliards d’êtres humains s’accroît chaque année de plus de 80 millions de personnes.
..."
Michel Tarrier

Si le sujet vous intéresse - si l'avenir de l'humanité vous intéresse, quoi ! -, je tiens à votre disposition (sur simple demande par email à : bpol@voila.fr) l'article complet (une quinzaine de pages à lire en une demi-heure).
Ah oui, j'oubliais, la population humaine a été multipliée par 2 depuis que je suis né ! Pourvu que ça dure !!

Et pour ceux qui auraient plus d'une demi-heure à consacrer à l'avenir de l'humanité : "Et si l'aventure humaine devait échouer", Théodore Monod.

vendredi 10 juillet 2009

dos au mur !


Les petites serveuses de Pizza hut sont bien briefées. En Indonésie, les MacDonald's, KFC, et autres Pizza hut sont plutôt des endroits "bien". Beaucoup plus chers que les petites gargottes locales. Mais, outre l'air conditionné, les toilettes, la propreté et la nourriture occidentale, le personnel a visiblement été soumis à un courageux training. Une hôtesse vous attend donc à l'entrée de Pizza hut pour vous ouvrir la porte et vous remettre le menu. Une autre vous accompagne à votre table...

Mais il reste toujours une place pour le retour du naturel ! Je vois ainsi, un jour, une Européenne se faire guider jusqu'à une table au fond du restaurant, contre le mur. Et la serveuse de gentiment lui tirer une chaise du côté qui fait face au mur !

Tous les soirs - car je m'y suis plû et ai prolongé le plaisir de l'hospitalité d'Ibrahim -, nous allons dîner à 3, avec Ibrahim et sa femme. Je n'oublie plus jamais d'emporter ma fourrure polaire dans sa voiture (cf "un dimanche à la campagne").

Restaurant de poissons, le premier soir, au bord de la plage, enfin de l'autre côté de la route. Mes hôtes s'installent côte à côte face à la route et la mer. Le spectacle ne sera que celui du restaurant pour moi...

Le lendemain, nous allons au Texas chicken, un MacDonald's qui ne dit pas son nom. Non que le spectacle offert par les baies vitrées soit grandiose. Mais, de toutes façons, c'est le comptoir et le mur du fond qu'il m'est donné de contempler.

Hier, un restaurant un tantinet plus luxueux - puisque c'est moi qui paie ! Loger chez Ibrahim me revient sensiblement plus cher que loger à l'hôtel !-, bien qu'au décor minimaliste (ambiance union soviétique, peut-être ?). Eh bien, savez-vous ? Miracle ? Ibrahim et sa femme s'installent dos à la devanture vitrée ! Moi, j'échange un grand sourire avec le musicien qui est installé à 3 mètres de notre table et dont nous fredonnerons quelques airs dans la joie. J'échangerai un autre sourire avec lui en partant. Entre temps, je lui aurai tourné le dos pendant tout le repas !